Kirghizistan, voyage au pays des montagnes

Je me rends pour la première fois au Kirghizistan. J’ai prévu d’aller voir le lac Issyk Kul, de faire une rando à cheval dans les montages de la vallée d’Alay et de rejoindre la Chine en franchissant le col de Torugart. Bon petit programme !

église orthodoxe à Osh Kirghizistan
église orthodoxe à Osh

Entrer au  Kirghizistan par Osh

Je compte arriver aujourd’hui au Kirghizistan et rejoindre la plus grande ville de la province : Osh. Comme à chaque fois je dois suivre la même procédure. Visa, minimum de change, taxi ou autre moyen de transport à disposition et recherche d’un endroit où dormir.

Donc après avoir passé la frontière Ouzbèke sans problème, tel un nomade du 21e siècle, j’entre au Kirghizistan. Là aussi sans soucis. Au passage j’ai perdu une heure de voyage dans le changement de fuseau horaire !

Coté Kirghize

De l’autre côté de l’Algeco qui sert de poste de douane attend l’habituel troupeau de taxis prêt à dévorer tout cru le premier voyageur qui passe. Une autre espèce est apparue ces dernières années : les vendeurs de cartes Sim. Annoncée à 600 kgs (kirghize soum), c’est à 200 que cette brave dame au sourire tout en or me l’installe. Pendant ce temps les chauffeurs de taxi se tirent la bourre. Je suis une cible de choix, un gogo en puissance tout fraichement débarqué. Mais bon ce n’est pas la première fois que je dois discuter affaires. Après avoir négocié mon voyage je suis conduit à mon hostel à 2 km du centre-ville d’Osh.

De là je devrai me rendre dans le sud, la vallée d’Alay, pour la première partie de mon aventure.
L’atmosphère d’Osh me fait un peu penser à Dushanbé la capitale du Tadjikistan, c’est vert et calme. Cette ville pourrait être belle si elle n’était pas défigurée par les enseignes et les panneaux publicitaires omniprésents.

osh pays des montagnes

J’ai la dalle !

Comme chez leurs voisins, les cartes des restaurants kirghizes subissent des manques. Je m’y fais à la longue ! La bière est bonne, le thé est bon, c’est déjà ça !!!

cuisinier du Kirghizistan
cuisinier kirghize

Après avoir été intégralement pris en charge à Bukhara, j’ai un peu perdu mes réflexes de voyageurs. En solo c’est un peu plus compliqué cette fois. De plus je ne parle pas le russe.
Après quelques jours passés à Osh , je devrai avoir repris mes marques. 

Expédition jusqu’à Sary Mogol, Kirghizistan

Ca y est, je suis enfin en mouvement. J’ai envie de sortir un peu des clous et donc la première partie de mon circuit au sud du Kirghizistan va me mener à Sary Mogol dans la vallée d’Alay au pied du Pic Lénine ( 7495 m ) situé à la frontière avec le Tadjikistan.

Je sais que la saison des treks n’a pas encore commencée. Que la plupart des cols sont fermés et que les jailoo, pâturage de montagne utilisé en été pour la transhumance, ne sont pas installés. Les yourtes ne seront montées que dans quelques jours car il neige encore de temps en temps. L’armature de ces tentes de nomades est en bois et le poids de la neige peut les brisées .
Mais je suis décidé à voir les montagnes autrement que verte et les lacs bleu turquoise.

Question logement en altitude

Après avoir tâté le terrain, et surtout la facture chez CBT (agence qui a un peu le monopole du truc), je décide de le faire par mes propres moyens. Pour un peu de sécurité je vérifie sur un site de réservation connu de tous, l’offre hôtelière du coin. Comme je m’y attendais, c’est maigre, donc je réserve pour être sûr de ne pas finir à l’agence nommée plus haut.

Sary Mogol Kirghizistan

Sary Mogol

En fait je n’ai qu’une seule option, donc banco ! Bonne pioche.
La guesthouse Abdul Malik est géré par une famille dont le fils du même nom fait ses études de journalisme à Och. Il sert de contact en ville. En partenariat avec son ami Mamyr ils organisent tout un tas d’excursion de un à plus de quinze jours, à pied ou à cheval.
J’ai rendez-vous de bonne heure le lendemain avec ce brave jeune homme pour mon transfert à Sary Mogol. Surprise, pas de 4X4, non, direction le parking en face du grand bazar, c’est en shared taxi que ça se passe.

Quatre heures routes, un col enneigé à 3700 m et une crevaison plus tard j’arrive à bon port.

crevaison en bord de route pour Sary Mogol
En route pour Sary Mogol

Une méchante douleur commence à vriller la tête, en plus j’ai froid. Le mal des montagnes me guette. Ici on est à 3500 m d’altitude contre seulement 963 m à Osh. Je ne suis pas encore habitué au manque d’oxygène.
Je m’allonge devant un radiateur en attendant que le diner soit servi. Ma douleur ne faiblit pas, donc sitôt fini de manger je vais me coucher, je verrai mieux demain !
Inch Allah !

Randonnée  dans les montagnes du Kirghizistan

Coucher avec les poules, lever avec le coq. (Ne cherchez pas je viens de l’inventer)

Randonnée à cheval , voilà le programme des prochaines journées. En effet 1e jour une mise en jambe du côté de la mine de charbon, les deux autres directions un élevage de yack au pied du pic Lénine.

Sary Mogol au reveil au Kirghizistan
Pays des randos à cheval

Il est 6 h, je sors faire une ou deux photos. Putain ça caille ! Tout est gelé !
Retour sous la couette en attendant le petit dej. Et oui se sont un peu les repas des bêtes et des humains qui rythment les journées dans ce village reculé.
Jeudi c’est le jour du marché. Chacun viens vendre ou acheter, nourriture, vêtements, vaches, chevaux, moutons, poulets rôtis… Je retrouve mon guide de montagne pour un petit café dans un bouiboui enfumé qui viens juste d’ouvrir : c’est local !
On en profite tous les deux pour mettre au point le planning des trois prochains jours.

Promenade à cheval cette l’après-midi

Alors que je suis déjà attablé chez la mère de Mamyr mon horse guide, le voilà qui arrive avec deux étalons. Ici ils ne castrent pas les chevaux, apparemment à cause des complications dues à l’altitude, on est à 3000 mètres.

En selle en direction des terrils gris et noirs la mine de charbon. Plein soleil, sans crème, je commence à cramer. C’est en grimpant cette colline que je me rends compte que mes deux prochains jours vont être costaud. Mon expérience en équitation est très limité, bien qu’ayant eu un bon professeur. La selle de l’arrière-grand-père de Mamyr commence à faire pointer mes limites, ainsi que mes os. Qu’importe le jeu en vaut la chandelle, c’est à peine croyable un paysage pareil ! Colline, canyon, rivière, pentes peuplée de moutons à perte de vue.

Le vent nous oblige à bifurquer, descendre dans le canyon et rentrer de notre randonnée à cheval en longeant la mine. Là aussi, la taille de cette cicatrice noire est à peine croyable. Plusieurs milliers de tonnes sont extraites chaque jour des entrailles de la terre. C’est aussi une des principales sources de revenu des habitants de la région. De retour à la maison c’est l’heure du thé, gâteaux, bonbon ! Comme toujours sur les tables en Asie centrale.
La nuit tombe sur Sary mogol, donc diner, coupure d’électricité et dodo…

direction de la mine du pays
mine de charbon du Kirghizistan

Le vent c’est levé sur les cimes du Kirghizistan

Le ciel est couvert ce matin, cela n’augure rien de bon. Départ pour notre randonnée à cheval prévu à 9 h 30 quand le soleil aura un peu réchauffé la plaine. Après avoir remplie les sacoches et vérifier les étrivières en corde, qui ne passeraient pas le contrôle technique, nous partons droit en direction des montagnes. Tels des yacks boys nous chevauchons à travers cette étendue qui doit mesurer la taille de plusieurs milliers de stades de foot. Maintenant les seuls habitants que nous croiserons pendant ces trois prochaines heures ne seront que des animaux. Tantôt troupeau de moutons, de chevaux ou de vaches dans la plus totale liberté.

Arrivé au pied des premières collines le vent commence à se faire sentir, c’est là que je remercie ma veste Columbia. Le ciel se couvre au loin. La neige peut arriver . De toute façon nous sommes partis pour deux jours. Il nous faut juste un peu accélérer. Trot puis galop. Nous sommes bien contents de rencontrer enfin une habitation au milieu de ce désert vert et blanc.
Ici tout le monde se connait, c’est donc sans surprise que nous sommes invités pour une pause thé. Assis au coin du feu nous nous remplissons l’estomac de confiture de framboises, d’une sorte de crème réduite et sucrée qui fait me penser à du lait concentré, et de yaourt. En fait le thé n’est jamais servi seul dans ce pays.

pays des montagnes et des yacks
Chalet du Kirghizistan

Enfin des gens au pays des yacks !

A peine réchauffé nous reprenons la route car le vent vient de forcir et que la neige arrive à grand pas. Nous devons rejoindre notre point de chute avant la tempête. A 3500 mètres d’altitude il vaut mieux ne pas braver les éléments.
Nous sommes hébergés dans un chalet comme ils disent dans le coin, par un éleveur de yacks.

Sitôt arrivé le rituel du thé recommence, l’apéro du Khirgizistan, mais cette fois avec beurre et yaourt de yack.
Pendant ce temps-là, madame fait la lessive. Elle doit faire fondre de la neige sur son poêle en fonte car il n’y a pas l’eau courante. Il n’y a pas de source non plus dans le coin et une partie des lacs sont salées.
L’air de la montagne, m’a creusé l’estomac, et c’est avec entrain que je me jette sur le plov à la viande yack. Le yack c’est la vie à cet endroit.
Tout naturellement le petit bout de choux de deux ans et demi tente de faire sortir la moelle de l’os qu’il est en train de ronger pendant que sa sœur de neuf mois boit sa tasse de thé. Normal j’ai envie de dire !

Je tombe de sommeil. On plie la nappe avec le pain dedans, et tout le monde file se coucher. De toute façon il n’y a rien d’autre à faire une fois la nuit tombée. Pour la douche, j’attendrai que la neige fonde !

Réveil à l’aube

6 h 30, une envie pressante m’éjecte de mon sac de couchage et m’oblige à pointer mon … nez  dehors. IL fait un froid de gueux mais le vent est tombé. J’ai de la chance, il se trouve que Mr le Yack keeper sort son troupeau et l’emmène dans la pampa. Timing idéal pour quelques photos.
Dès son retour, petit déjeuner ! La ça se complique un peu pour moi.
L’idée c’est de déchiqueter du pain, celui qui a dormi dans la nappe, dans un bol et de l’arroser de thé au lait salé agrémenté de beurre de yack gout fromage corse Calenzanais. A moins d’avoir fait la légion, ça ne passe pas !
Finalement je reste sur mon thé au lait sucré comme un bon occidental qui ne veut pas perdre ses intestins sur son cheval. Par contre le petit gars ne recule pas devant son bol. C’est déjà un warrior.

breakfast au Kirghizistan
le pays des yacks

En selle pour le lac d’altitude

Il est temps de prendre congé de nos hôtes et de gravir les derniers km jusqu’à Tulpar-Kul lake. La suite de cette randonnée à cheval consiste à faire des zigzags à flanc de colline, monter, descendre les pentes glissantes de boue ou de gel. Puis vient le moment de traverser une rivière gelée recouverte de neige. D’un coup mon cheval s’enfonce jusqu’au poitrail , se met à paniquer et ruer dans les brancards. Pendant ce temps-là je me cramponne au pommeau de la selle. Mamyr viens à la rescousse et nous tire de cette mauvaise passe.
A l’arrivée, comme prévu, le lac est gelé. Mais c’est magnifique.

La fin de ce périple à cheval

C’est bien beau tout ça mais maintenant il faut redescendre et rentrer au bercail. Nous sommes accompagnés par les marmottes et les yacks, et plus nous descendons plus ceux-ci se font rare. Au loin nous apercevons le village mais Il nous reste encore au moins 25 bornes à parcourir le vent de face dans cette plaine qu’aucuns arbres ne freinent.
Finalement nous arrivons à Sary Mogol sans être complément congelé.
Apres deux jours sans me laver, à cavaler tel un cowboy, une chose totalement improbable à cet endroit m’attend : le sauna. Le paradis !

Tulpar-Kul lake Kirghizistan
Tulpar kul Lake

Je rentre à OSH ou m’attend un avion pour Bichkek, la capitale.

Week-end au bord de l’eau

Je quitte Bishkek quelques jours pour me rendre à Cholpon Ata au bord du lac Issyk Kul loin du bruit de la ville.

Pour commencer je dois rejoindre la gare routière est. Ensuite trouver une marshrutka ( taxi collectif ) pour la station balnéaire  qui signifie ’’père des étoiles’’, située au bord du lac Issyk kul à 265 km de la capitale.

Comme un peu partout au Kirghizistan, les lieux touristiques sont un encore peu endormis. Du coup tout le monde en profitent pour panser les plaies de l’hiver. Puis préparer la saison qui arrive. La guest que j’ai choisi n’est pas en reste et ressemble plutôt à un camp de migrants avec une partie du mobilier à l’extérieur en train de prendre le soleil.

Ce lac, à l’eau légèrement salée, est encadré, d’un côté par les crêtes du Terskey Ala Too et de l’autre par celles du Kungey Ala Too.  Elles font toutes deux parties du massif du Tian Shan. Cette étendue d’eau se trouve à 1600 mètres d’altitude et couvre la surface de dix fois le Léman. Ce qui en fait le deuxième plus grand lac d’altitude au monde après le lac Titicaca dans la cordillère des Andes.

 

lac de montagne au Kirghizistan
Issyk kul Lake

Rando sur les hauteurs de Cholpon Ata

Après un petit déjeuner copieux préparé par Andrei, je pars pour petite balade en solitaire dans les collines histoire d’admirer le paysage d’un peu plus haut. L’ascension se fait au milieu des cailloux et des petits arbres rabougris ressemblant au maquis corse. Arrivé au sommet je me fais un petit pique-nique en compagnie des abeilles, tout en ramassant des coquillages. A 2000 mètres d’altitude !

Au retour je fais une halte à l’hippodrome, mais aujourd’hui, les premiers à franchir l’arrivée ne sont pas des chevaux mais des humains. En effet c’est le “Run the Silk Road ”marathon qui se court dans le coin.

Content de ma virée en montagne. Mais additionnée à ma balade à cheval d’il y a quelques jours, ma douleur aux genoux se réveille. Donc je passe ma seconde journée à ne rien faire si ce n’est un petit tour à la plage.
La plupart des hôtels en ont privatisé un bout et leurs accès sont contrôlés. Mais là aussi la surveillance n’est pas encore remit en place !

Demain je quitte Cholpon Ata et je rentre à Bishkek.

vue sur cholpon ata
Issyk Kul lake

Fin du voyage au Kirghizistan

La fin du voyage kirghize approche, je dois rejoindre le sud pour la Chine.

Je rentre à Bichkek pour récupérer mon visa mongol et ensuite je file tranquillement en direction de la frontière chinoise au sud du pays. En passant tout d’abord par Kochkor, ou je m’autorise une nouvelle virée dans les collines poussiéreuses malgré mon genou en vrac.

Ce petit village de 15000 habitants est réputé dans tout le kirghizistan pour ses chyrdak, les tapis de feutre. Cette œuvre d’art est reconnue par l’Unesco depuis 2012.

Chyrdak du kirghizistan
www.sezim.design

Ensuite je rejoins Naryn le centre administratif de la province du meme nom à 196 km de la capitale. Je loge à la Kubat guesthouse qui fait aussi office d’agence de voyage. Là j’obtiens la réponse que j’attendais. Le tarif pour le passage du col de Torugart. 450 $ !
Je dois faire un choix : la traversée me coute clairement une semaine de voyage. Mais bon je n’ai pas envie de faire un détour de plusieurs jours par Sary Tash et le col d’Irkeshtam non loin de la frontière tadjik. Et puis déjà en 2010 je n’ai pas pu franchir ce col mythique car les frontières du Kirghizistan étaient fermées pour cause de guerre civile.

Naryn kirghizistan fin du voyage

Kubat , de l’agence du même nom , s’occupe de la paperasse avec son correspondant chinois et le départ est prévu lundi à 6h30.
Profitant d’un beau ciel bleu je décide de profiter de cette journée pour faire une excursion dans le canyon situé un peu avant la ville. Sable et cailloux sont au rendez-vous. Aucunes traces, que des lézards, des insectes et du silence. Tout est sec malgré l’orage d’hier. Drôle de paysage, une face verte, une face sable.

Bientôt la sortie du Kirghizistan

Le lendemain la météo me joue des tours et il m’est impossible d’aller voir le caravansérail de Tash Rabat, il pleut sans discontinuer toute la journée et j’aperçois sur les hauteurs la neige qui s’est remise à tomber. C’est la fin du voyage dans ce pays.

Bilan : pour le Kirghizistan, mieux vaut être équipé si l’on vient au début du printemps. Ce n’est peut-être pas la saison idéale, mais elle est quand même très agréable de profiter du calme avant la tempête ( la haute saison) dans cette immensité presque vierge.

naryn vue d'en haut fin du voyage
Naryn vu d'en haut à gauche
Naryn kirghizistan fin du voyage
Naryn vu d'en haut à droite

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